Les thermes d'entrammes

Les thermes ont été découverts en 1987 lors de la restauration de l’église. En retirant les enduits, des éléments en briques (arc, tympan, linteau et oculi) sont apparus. Une enquête a donc été lancée avec l’accord de la municipalité pour étudier les vestiges. La mise au jour de thermes remarquablement conservés est une vraie surprise. Les fouilles furent menées de 1988 à 1990 par Jacques Naveau. Elles ont permis de dégager la quasi-totalité du monument. On estime qu’il se prolonge de six mètres sous l’église grâce au témoignage de l'abbé Chevallier, qui était curé d'Entrammes au moment où le chœur fut construit.

La présence des cordons de briques est significative des techniques de construction romaine. Ce mélange entre moellons et lit de briques s’appel l’opus mixtum. La brique permet de décorer, de récupérer le niveau et d’assurer l’étanchéité de la construction.

Le four (praefurnium), se trouvait sans doute à l’ouest. L’air chaud circulait dans les trois pièces en enfilades grâce au sol surélevé par les pilettes de brique et par les tubulures de briques cachées dans les parois. Les salles se succèdent donc de la plus froide à la plus chaude si on suit le parcours du visiteur. Du frigidarium, on passe rapidement en entrant pour accéder directement au tepidarium, légèrement chauffé. Normalement on peut y prendre un bain tiède, mais il ne semble pas qu’il y a de bassin dans cette pièce. Sans doute n’y-avait-il une vasque qui permettait de s’asperger. Le sudatorium précède le caldarium puisque seule la dernière pièce possède un bassin permettant de s’immerger.  Donc après avoir bien transpiré dans l’étuve du sudatorium, le curiste prenait un bain chaud avant de refaire le chemin à l’envers pour rejoindre le frigidarium, qu’il n’avait fait que traverser au début. Dans cette pièce froide on s’aspergeait d’eau froide pour refermer les pores de la peau et se revivifier. On n’a pas retrouvé le bassin, mais il est probable qu’il se situe sous le transept.

On a conservé une partie du pavement d’origine, en schiste bleu-gris et gris clair. La pierre permettait la diffusion de la chaleur. Il fallait donc mettre des sandales de bois pour marcher dans les thermes. Elle décore aussi l’espace. Cette fonction décorative est confirmée par la présence de moulures en marbre retrouvées lors des fouilles ainsi que des enduits peints de plusieurs couleurs, des éléments sculptés, notamment un chapiteau en marbre du IVe siècle (les thermes sont donc toujours occupés au Bas Empire) et des verres qui bouchaient les baies, d’une couleur bleu-vert.

On a donc un bâtiment assez luxueusement décoré, symbole de la richesse de la cité et ou du donateur. En effet, les dimensions du bâtiment, si elles sont inférieures à celle des thermes publics de Jublains, chef lieu de la cité,  restent très largement supérieures à celles des thermes privés comme ceux de la forteresse de Jublains.

Agglomération secondaire, mais relativement prospère avec la présence d’un artisanat assez développé, découvert lors de plusieurs fouilles préventives sur la commune. Ceci contredit d’ailleurs la thèse d’une division entre les campagnes productives et les villes oisives. Les villes sont des centres de productions, et non pas de simple lieu de paraître qui vivrait sur le dos des campagnes.

Pour la datation, on a remarqué que les similitudes avec les thermes de Jublains sont importantes (même plan en enfilade, emploi du schiste pour les sols et les lambris). Or, la construction des thermes de Jublains n'intervient qu'après la mise en place du plan urbain. Ils occupent la totalité d'une insula. Le tracé des rues accompagne la construction du temple, à la fin du règne de Néron, et celle du théâtre, datée de l'époque de Domitien par une inscription, ou succède directement à cette phase de travaux. Il remonte donc aux Flaviens ou aux premiers Antonins. L'édification des thermes d'Entrammes n'est sans doute pas antérieure à cette date. Elle peut évidemment être plus récente, car l'évolution qui a mené à la succession «classique» des salles est achevée. M. Rebuffat considère que le plan ne doit pas être antérieur au milieu du Ile siècle. Une reprise de fouilles à l'extérieur du monument, si l'opportunité s'en présente, permettrait d’avancer à la fois dans la connaissance de son plan et de sa chronologie.

Concernant la réutilisation du bâtiment, une église est construite à l’emplacement en réutilisant les structures existantes qui devaient être en partie ruinées, notamment le système d’hypocauste. On n’a pas de date exacte pour cette réutilisation, mais elle ne doit pas être si tardive qu’on pourrait le penser car le mur sud est conservé sur plus de huit mètres de haut. On propose donc un abandon entre le Ve et le VIIe siècle. Une date est certaine en 863, l’église était construite puisque Charles le Chauve et le roi Salomon de Bretagne y signèrent un accord, la paix d’Entrammes, qui définit les limites orientales de la Bretagne aux rives droites de l’Ernée et de la Mayenne.

Ce site présente donc un intérêt certain. Cependant pour pouvoir y accéder il faut s’informer sur les moments d’ouvertures. Les thermes ne sont ouverts que du mois de mai à la mi-septembre, mais les horaires ne sont pas disponibles. Pour la visite, elle se déroule en deux temps, l’accueil est fait par des étudiants saisonniers qui expliquent l’histoire du site et les grands traits puis on pénètre à l’intérieur même du bâtiment où une visite préenregistrée avec son et lumière présente les thermes. Si ce dispositif est très intéressant, complet et didactique, mais il vient faire doublon avec la présentation des guides. Il pourrait permettre une ouverture plus aisée du site comme c’est le cas à Jublains où les thermes sont ouverts toute l’année et ce librement. L’office du tourisme de Laval organise des visites du site et chaque année des animations y sont présentées pour les Journées Européenne du Patrimoine. Cependant, l’excentrement de la ville d’Entrammes ne permet pas d’attirer facilement un grand nombre de visiteurs, d’autant plus qu’il n’y a pas d’autres éléments attractifs à proximité.

 

Bibliographie :

Stéphane HILLAND, En remontant le temps… d’Entrammes à Interamnes , Laval, Société d’archéologie et d’histoire de la Mayenne, 2012.

Jacques NAVEAU, « Les thermes d’Entrammes », Revue archéologique de l’ouest, n°9, Rennes, PUR, 1992.

Jaques NAVEAU, Jublains et la Mayenne romaine, Jublains, Association des amis de Jublains, 2009, pages 73-80.

Jacques NAVEAU, La Mayenne, 53 : carte archéologique de la Gaule, Paris, Académie des Inscriptions et des Belles Lettres, 1992, p122-128.

Jacques NAVEAU, Entrammes, Mayenne, les thermes gallo-romains, tiré à part duno 72 de la revue 303, Arts, Recherches et Créations, 2001.

Sitographie :

Site de l’Office du Tourisme de Laval Agglomération, http://www.laval-tourisme.com/thermes-dentrammes-0

 

Images :

 

Mur sud des thermes, extérieur, thermes d’Entrammes, cliché Alexandre Manceau, 2015.

Intérieur des thermes d’Entrammes, crédit : Laval Tourisme, http://www.laval-tourisme.com/thermes-dentrammes-0#photos.