Le camp de Mulsanne

Histoire du camp de Mulsanne de 1939 à 1947.

 

Mulsanne était un village de 500 habitants en 1939. Les Anglais y construisirent leur camp le long des Hunaudières avec des baraquements en forme demi circulaire ainsi qu'un château d'eau qui demeure encore aujourd'hui un vestige de la seconde guerre mondiale. Ce camp militaire plaçait idéalement les britanniques sur le continent européen. En Juin 1940, c'est la débâcle, les soldats anglais et indiens laissent leur cantonnement. Ces derniers laissent un nombre conséquent de vivres, de la nourriture, habillements, couvertures, conserves, cigarettes.... La population locale s'appropria ce ravitaillement. L'armée et la population du nord de la France battant en retraite en 1940, une vague de réfugiés atteint Mulsanne.

Le 20 juin 1940 les premiers soldats allemands arrivent à Mulsanne et créent le Fronstalag 203. Les prisonniers de guerre français (dont quelques africains et quelques britanniques et polonais) qui sont au nombre de 4000, sont incarcérés à Mulsanne. Le camp est clôturé avec des fils barbelés d'une hauteur d'environ 4 mètres, des miradors de 5 mètres sont implantés. La plupart des prisonniers ne restent qu'un an avant de partir en Allemagne. Les conditions de vies sont précaires avec des rations alimentaires largement insuffisantes. Chaque prisonnier reçoit son matricule quand il arrive au camp. Ils sont logés par groupes de cinquante dans des baraques de tôles ondulées, où la paille fait office de lit.  Certains prisonniers sont envoyés dans des fermes environnantes pour travailler. Un certain nombre d'entre eux vont réussir à s'échapper. Puis en mai 1941, les soldats prisonniers sont envoyés en Allemagne.

Dès lors, le camp devient principalement une zone d'internement pour la population Tsigane (avec quelques vagabonds et mendiants).  Les prisonniers sont logés dans 35 baraques sur 186 existantes : elles sont surpeuplées. Les conditions hygiénique sont désastreuses. Les autorités allemandes décident de déporter  les détenus vers un autre camp. Ainsi, le 3 août 1942, le camp de Mulsanne est évacué.

En octobre 1942, le camp devient un camp de concentration de transit pour les Juifs raflés de Sarthe et de Mayenne avant de les déporter vers Drancy et Auschwitz par le convoi du 6 novembre 1942. Au total, 142 juifs dont 45 enfants furent arrêtés dans le département de la Sarthe. En Juin 1944, suite au débarquement, les soldats allemands deviennent plus agressifs envers la population locale.

En Janvier 1945, les Alliés arrivent en Sarthe. Dans le camp de Mulsanne les rôles s'inversent, les Allemands deviennent prisonniers du Fronstalag 203 : soldats, SS, officiers supérieurs capturés au cours de la campagne ou dans les poches de l’Atlantique et gardées par des tirailleurs Marocains n’étaient pas mieux loties. Progressivement au cours de l'année 1945 les Etats-Unis laissent la gestion du camp à la France pour cause de combats dans le Pacifique contre le Japon.

En juillet 1946 le camp compte 8 555 prisonniers de la Wehrmacht, 252 de la SS et 46 officiers généraux et amiraux. Il devient alors le plus grand camp d'officiers allemands de France. L'hiver 1945-1946 est très rude, peu de nourriture, peu de chauffage, hygiène rudimentaire. Les soldats allemands décédés de maladies (dysenterie pour la plupart) sont enterrés sur un terrain attenant au cimetière de Mulsanne. Mais à la fin de cet hiver jusqu'à la fin de leur détention, les prisonniers allemands sont relativement bien traités. Le lieutenant-colonel Von Rawen, prisonnier allemand était quelqu'un de confiance dans le camp, et réalisait l 'intermédiaire entre les responsables français du camp et les prisonniers allemands.

Un semblant d'université fut créé dans le camp par le professeur et doyen Dr Uhle. Ce dernier était habilité à faire passer le baccalauréat, objectifs de beaucoup d'officiers. Le camp avait même une vie culturelle et sportive, puisqu'un orchestre de qualité s'est façonné dans le camp. En Juin 1947, le cardinal Frings, archevêque de Cologne, vint dans le camp, et fut reçu par un choeur de plus de 300 voix, d'une grande qualité. D'autre part les plus jeunes faisaient de l'athlétisme notamment du lancé de marteau. Les soins étaient présents pour les prisonniers allemands puisqu'un poste médical allemand bien équipé donnait des consultations et était pourvu de service dentaire.

Mais suite à une tentative d'évasion, les autorités françaises ayant tué un officier allemand qui tentait de fuir, une vague de mécontentement secoua le camp. A partir de 1947, les Allemands sont libérés où évacués, les officiers de réserve sont libérés tandis que les officiers d'active sont envoyés dans les camps de Baccarat où du Larzac. Le 1er août le camp est démantelé. Le site est rendu à son ancien propriétaire. L'ACO souhaite reprendre le projet des 24 heures du Mans le 21 et 22 Juin 1948, mais la course est reportée en 1949 à cause de l'activité économique qui est encore trop faible.

La mise en valeur du patrimoine

Le premier panneau commémoratif du camp, installé en 2003, a été réalisé par la ville de Mulsanne avec le concours des élèves du lycée de Brette Les Pins, de l'ONAC (Office National des Anciens Combattants) et du centre socioculturel Simone Signoret. Par la suite, un livre de 60 pages a été réalisé par les élèves du lycée professionnel de Brette les Pins et piloté par Mme Brotons Brigitte enseignante à ce lycée. Le second panneau a été posé le 24 avril 2005 à l'occasion de « la journée du souvenir des victimes et des héros de la déportation ».  Avec l'association des « Fils et filles des déportés juifs de France », la ville a souhaité rendre un hommage particulier aux 43 enfants juifs arrêtés en Sarthe en octobre 1942, internés au camp de Mulsanne puis déportés au camp d'extermination d'Auschwitz – Birkeneau où ils furent assassinés. Ils avaient entre 3 mois et 17 ans. Le panneau, installé au square Bentley, présente la liste des noms des 43 enfants tués, leur date de naissance, leur lieu d'origine et de rafle. Ce mouvement initié par la commune de Mulsanne sur sa propre histoire au début des années 2000 correspond à une dynamique de recherche historique nationale, sur le passé de l'administration française et ses particularités dans les villages, ainsi que son rôle joué pendant la seconde guerre mondiale. Enfin une stèle commémorative se situe au square Bentley, où se trouve l'emplacement de l'ancien camp, elle a été commémorée le 18 Octobre 2009.

Aujourd'hui, de ce camp, il subsiste que le château d'eau, les sanitaires en dépôt pour les jardiniers du golf et, proche de la route d'essai de la Drire, les ruines d'un ancien garage où les véhicules de l'encadrement étaient entreposés. Mais l'ancien camp bénficie depuis la reprise des 24 heures du Mans en 1949, d'une tout autre valorisation de son patrimoine. Si la commémoration historique du camp reste présente  Aujourd'hui le sport automobile est une vitrine annuelle essentielle pour la ville de Mulsanne. En effet, la route des Hunaudières est un point de passage important de la course, elle longe l'ancien camp qui est depuis plusieurs décennies réhabilité en terrain de golf. De même que ce soit pour le virage de Mulsanne ou le Golf, ces derniers bénéficient de la couverture médiatique de l'entreprise ITF implantée à Mulsanne afin de constituer un véritable patrimoine de ce village. Enfin, l'association virage de Mulsanne, bien que son objet soit porté principalement sur des expositions de voitures de courses sur le parvis de la mairie, ils organisent de même des expositions sur le terrain de golf tel que nous le montre le site internet de la ville de Mulsanne.

Images :

Successivement de gauche à droite : panneaux retraçant l'histoire du camp de Mulsanne de 1939 à 1947, puis celui des déportations d'enfants Juifs dans ce même camp. Photographies extraites du site officiel de la ville de Mulsanne.

 

 

 

 

 

 

 

article d'Emmanuel Charlot du Ouest-France. Source collection privée.

Titre de l'article: L'histoire du camp d'internement reste méconnue du 15/10/2012

 

Titre : Déportation juive à Mulsanne, soixante-dix ans déjà ! Article daté du 19 Octobre 2012 d'Emmanuel Charlot au Ouest-France.

Photo extraite des archives de M Francis Jouet, résistant mayennais. Titre: Camp de prisonniers allemands de Mulsanne d'avril à août 1946

 

Bibliographie :

 

Cochet François, « France 1945, le dossier controversé des PGA », L’Histoire, n° 191, septembre 1995, p 44- 48.

Cochet François, Soldats sans armes, Bruylant, Bruxelles 1998.

 

Eisterer Klaus, « Les prisonniers de guerre autrichiens sous contrôle français (1943-1947/1948) », Guerres Mondiales et conflits Contemporains, 51(201), 2001, p. 83-104.

 

ERBS Laurent, « Des démarches individuelles. Les évasions de prisonniers de guerre en 1946 », Documents, 5-2008, p. 44-46.

 

Lefèvre Sylvie, Les relations économiques franco-allemandes de 1945 à 1955. De l’occupation à la coopération. Comité pour l’histoire économique et financière de la France, Paris 1998.

 

Rovan, Joseph, Mémoires d’un Français qui se souvient d’avoir été Allemand, Paris, Éditions du Seuil, 1999

 

Théofilakis Fabien, « Les prisonniers de guerre allemands en mains françaises au sortir de la seconde Guerre Mondiale », Revue d’Allemagne, 3-4-2004, p. 383- 397.

 

Veillon, Dominique, Vivre et Survivre en France. 1939-1947. Payot, Paris 1995,

 

Voldman Danièle, La reconstruction des villes françaises de 1940 à 1954. Histoire d’une politique. L’Harmattan, Paris 1997.

Sitographie:

 

Vidéo valorisant le site patrimonial à la pratique sportive du golf.

 

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=KfYhx7amCro

 

Site internet de la ville de Mulsanne :

 

http://www.mulsanne.fr/Services-en-ligne/Actualites/Fete-de-l-automobile

 

http://www.mulsanne.fr/Ville-de-Mulsanne/Histoire-et-patrimoine/Camp-de-Mulsanne

 

Site internet de l'association Virage de Mulsanne :

 

http://viragedemulsanne.org/index.php/fr/

 

Site internet du camp de prisonnier allemand (P.G.A) de Mulsanne :

 

http://bastas.pagesperso-orange.fr/pga/mulsan/403-2-2-46.htm

Source orale:

 

Source: M. Joseph KLUPCZYNSKI, jeune sergent, a été affecté à Mulsanne en qualité d’interprète, le 17 avril 1947, après la dissolution du camp de Rouillé (Vienne), et après une mutation à Prin-Deyrançon (Deux-Sèvres)-.chef de bataillon honoraire, le 29 juillet 1999