Carré Plantagenêt : Musée d’Archéologie et d’Histoire du Mans

Quelques données :

 

Responsable : Julie Pihan

Inauguration : 18 juin 2009

Architecte : Cabinet Althabégoity & Bayle

Muséographe : Arc’en Scène

3300 mètres carrés de surface totale

1200 mètres carrés pour les expositions permanentes

300 mètres carrés pour les expositions temporaires

Un auditorium de 120 places

Un espace pédagogique

Un centre de documentation

Un salon de thé (le Café Carré)

 

 

Le Carré Plantagenêt, musée d’Archéologie et d’Histoire du Mans a ouvert ses portes en juin 2009. Le rendez-vous était très attendu par les amoureux du patrimoine et de l’archéologie ainsi que par les nombreux manceaux qui désespéraient de voir se dégrader, jour après jour, un certain nombre de bâtiments au débouché du tunnel et à quelques pas de la cathédrale Saint-Julien depuis vingt-trois ans (1986) et la fermeture de l’ancienne imprimerie Monnoyer, grande dynastie d’imprimeurs installée au Mans depuis la fin du XVIIIe siècle.

En quoi la transformation de ce site en un véritable musée archéologique a t-elle permis de créer un lien entre la ville ancienne et moderne ?

 

 

Historique : naissance progressive d’un musée archéologique pérenne

 

-         Naissance d’un musée au Mans :

Le premier musée au Mans, installé dans deux galeries de l’abbaye de la Couture, devenue aujourd’hui le siège de la préfecture, a ouvert le 21 juin 1799. L’ouverture gratuite de ce musée au public a été rendue possible grâce à une collection importante constituée à la suite de la nationalisation exigée par la Révolution des biens de l’Eglise (2 novembre 1789), de la Couronne (10 août 1792) et des émigrés (9 novembre 1791) dont les biens du Maréchal de Tessé (collection saisie à la suite de son départ pour la Suisse). De plus, Paris, ne pouvant faire face à la multitude d’œuvres amassées depuis la décision de la nationalisation, décida de disperser en province certaines œuvres comme au Mans dès le 28 novembre 1798. Ces biens privés, devenus biens publics, furent mis en dépôt en différents endroits : les ornements, tapisseries et tissus à la bibliothèque du monastère de la Couture, les pièces d’argenterie à Saint-Pierre-la-Cour et les tableaux à l’abbaye Saint-Vincent. Trois autres galeries furent progressivement allouées à l’abbaye de la Couture pour une meilleure disposition des collections qui ne cessaient de s’accroitre. L’une d’elles abritait les antiquités égyptiennes dont la momie rapportée par Edouard du Bois de Montulé en 1819.

 

Le musée du Mans a été fondé par le décret Chaptal du 1er septembre 1801. Le classement des collections a été réalisé par André-Pierre Le Dru (1761-1825), curé constitutionnel de la paroisse du Pré, qui était depuis le 5 février 1793, le conservateur du dépôt, et par le naturaliste Louis Maulny. L’inventaire de Louis Maulny dévoila une multitude d’informations précieuses. On retrouva chez lui, caché derrière une armoire, le fameux émail de Geoffroy Plantagenêt. Lorsqu’un arrêt gouvernemental du 8 pluviôse an XI (28 janvier 1803) supprima les bibliothèques et que les collections scientifiques des écoles centrales furent mises à la disposition des municipalités de chef-lieu, les travaux d’André-Pierre Le Dru et de Louis Maulny furent confiés à Pierre Renouard, ancien prêtre. C’était un personnage très étonnant qui n’hésitait pas pour s’assurer de la solidité des saints de Solesmes dans l’optique d’un éventuel transport vers Le Mans, à les mutiler à la scie et à la tarière. En 1816, la dénomination du musée changea en « Muséum et Cabinet d’Histoire Naturelle ». Pierre Renouard fut relevé de ces fonctions et remplacé par Jean-Antoine Daudin en 1821 puis par Narcisse Desportes en 1834. A sa mort en 1856, son neveu Charles-Alexandre Mouton, dit Dugasseau, peintre, lui succéda. S’il était peu doué pour les collections scientifiques, il s’employa cependant « auprès du conseil municipal pour l’acquisition de tableaux de la collection d’Evariste Fouret, permettant la constitution d’un remarquable ensemble de primitifs italiens » selon Françoise Chasserant [1999]. Après lui et pendant plus de vingt-quatre ans à l’exception de Delaunay (1885-1888), les peintres furent aux commandes du musée : Jules Véron-Faré (1889-1890), Henri Vallée (1890-1920), Louis Monziès (1921-1930), Arsène Le Feuvre (1932-1936). On prévoyait aussi la création d’un « musée-bibliothèque », véritable palais des arts et de la science, projet finalement abandonné après la Première Guerre mondiale. L’administration du musée revint ensuite à Paul Cordonnier Détrie (1938-1946), Melle Lagaisse (1947-1948), Mme Micheline Guilbert-Guieu (1948-1952), Raymond Blanc (1952-1974), Serge Nikitine (1974-1994), Françoise Chaserant (1994-2010) et François Arné (2010-…).

 

En 1927, les collections présentées dans l’abbaye de la Couture furent installées dans l’ancien évêché concordataire, devenu le musée de Tessé.

 

-         Création d’un premier musée archéologique :

Les premières réflexions sur la nécessité d’isoler un département archéologique émergèrent en 1838 sous l’impulsion du préfet Faye. C’est cependant en 1846, sous l’influence de Narcisse de Caumont et de la Société Française d’Archéologie que naquit le premier musée archéologique du Mans. Il fut installé dans les sous-sols du théâtre, inauguré quatre ans auparavant, le 13 mai 1842. L’un des directeurs et conservateurs les plus entreprenants de ce musée fut Eugène Hucher (1862-1889).

En raison d’un endroit trop exigu, sombre et dangereux (collections éclairées à la lueur de la lanterne avec tous les risques d’incendie possibles), les collections furent finalement transférés dans la crypte de Saint-Pierre-la-Cour, aménagé pour cette occasion, le 2 août 1903. Classé monument historique en 1889, ses vastes proportions bénéficiaient d’un éclairage naturel et permettaient d’accueillir sereinement les collections (« Petit Cluny provincial »). Cependant, le manque de place se fait rapidement sentir. On présentait ainsi des chapiteaux médiévaux à côté de portraits flamands du début du XVIIe siècle : « Le sérieux scientifique de la présentation y perdait, peut être la poésie du lieu y gagnait sûrement » souligne Marianne Thauré [1999]. A la fermeture de ce musée en 1940, les collections furent transférées dans les réserves du musée Tessé qui ne cessèrent alors de s’accroître posant la question du stockage et de la bonne conservation des œuvres.

 

-         Un renouveau d’intérêt :

Dans les années 1970-1990, de nombreuses fouilles préventives en contexte urbain, liées aux grands travaux d’urbanisme, ont mis au jour de nombreuses traces du passé (ex : découverte fortuite en 1980 sur le site de l’ancienne école Claude Chappe des bains publics de Vindinum). Ainsi on parvint comme l’indique Jean Pierre Daugas, ancien directeur des Antiquités des Pays de la Loire « à concilier les impératifs de l’urbanisme et la prise en compte du patrimoine enfoui » [1990]. En 1990, une exposition bilan intitulé « Le Mans retrouvé » obtint un important succès auprès de la population et relança l’idée d’un musée archéologique. Dans la préface du catalogue de l’exposition, Robert Jarry, ancien maire du Mans (1977-2001) et conseiller général, émit le souhait « que dans les prochaines années, toutes ces données pourront faire l’objet d’une présentation définitive ouverte au public ». L’hôtel Cureau dit Coindon situé 18 rue de la barillerie, fut retenu dans un premier temps pour abriter le musée archéologique, mais les travaux ne furent jamais entrepris en raison d’une décision négative émise par la direction des monuments historiques. Par conséquent, un autre site a été choisi pour accueillir le futur musée archéologique : l’ancienne imprimerie Monnoyer.

 

Une valorisation réussie : de l’imprimerie Monnoyer au Carré Plantagenêt

 

-         Historique du site du Carré Plantagenêt :

 

A l’emplacement de l’actuel musée Carré Plantagenêt, s’élevait en 1256 un couvent fondé sous Saint-Louis. Il était destiné à la communauté des « Filles pénitentes » du couvent des Filles-Dieu. Il fut ruiné à la fin du XIIIe siècle par un conflit local avant d’être complétement détruit lors de la Guerre de Cent ans. Le couvent disparut au profit d’une église construite vers 1430. Trois siècles plus tard, le lieu fut occupé par un séminaire-hospice connu sous le nom de Saint Charles. Vendue partiellement comme bien national, l’autre partie constituée notamment d’un enclos, d’une maison et de l’église, fut attribuée à un notaire qui la céda à Charles Monnoyer, imprimeur installé dans un premier temps 42, rue des Pont-Neufs (axe majeur pour les métiers du livre surtout depuis que la Grand’Rue a perdu de son attractivité commerciale). Il prit possession des nouveaux bâtiments le 16 mars 1793, inscrivant la dynastie des Monnoyer dans ce bâtiment jusqu’en 1986, date à laquelle le dernier imprimeur de la famille Paul Monnoyer cessa son activité et vendit les bâtiments. Ses bâtiments ont été achetés par un promoteur en 1989 pour la somme de 2,8 millions de francs avant d’être racheté par la ville du Mans pour 1 million et 1 franc en 1998. Cependant, en 18 ans, le bâtiment était devenu un lieu insalubre, une véritable friche au cœur de la ville. Une restructuration et consolidation des bâtiments, qui ont sérieusement soufferts des intempéries, furent nécessaires pour abriter le futur musée archéologique (ex : conservation des façades mais destruction des planchers). Le 6 février 2003, le conseil municipal annonça le nom du cabinet d’architectes en charge du projet : le Cabinet Althabegoity-Bayle.

 

-         Les fouilles archéologiques du site :

 

Avant le lancement des travaux, une campagne de fouilles sur le site a été réalisée par l’INRAP entre juin et octobre 2005. Outres les restes des constructions antérieures, un ensemble d’une cinquantaine de tombes a été mis au jour et étudiée. Il s’agit de femmes adultes qui avaient été enterrées dans l’ancienne église. A l’extérieur des bâtiments, on dégagea un cimetière laïc constitué en majorité de femmes, mais aussi d’enfants morts en très bas âge (environ 200 individus). Toutes ces découvertes apportèrent de nouvelles données importantes et essentielles sur la démographie et l’état sanitaire de la ville du Mans à la fin du Moyen-Âge.

 

Des vestiges de la ville gallo-romaine ont été également dégagés, mettant au jour un bâtiment d’un au moins 50 mètres carrés, délimités par des murs épais de 0,85m, conservés sur 3 mètres d’élévation, constituant les plus hautes constructions antiques découvertes au Mans à l’exception de l’enceinte édifiée à la fin du IIIème siècle après J.-C.

 

-         Le financement :

 

Le coût total du financement s’élève à 21 500 000 euros :

 

Travaux de restauration et construction (campagnes de fouilles comprises) : 18 000 000 euros TTC.

Aménagements muséographiques et mobiliers : 3 000 000 euros TTC.

 

Etat : 2 750 000 euros

Région : 1 370 000 euros

FEDER : 2 000 000 euros

Département : 915 000 euros

Ville du Mans : 13 215 000 euros

Participation complémentaire de la Région des Pays de la Loire aux aménagements scénographique et muséographique à hauteur de 840 000 euros.

 

-         L’architecture du musée : conciliation de l’ancien et du nouveau :

 

Le musée offre une architecture très contemporaine qui allie à la fois la préservation des anciens bâtiments de l’imprimerie Monnoyer qui sont aujourd’hui totalement rénovés (conservation de la cour existante et de la façade) et une construction nouvelle aux lignes épurées et élégantes. Les collections sont rassemblées au niveau supérieur afin d’offrir des vues très diverses sur la ville ancienne à l’image d’un observatoire : la cité Plantagenêt, l’enceinte gallo-romaine, l’escalier des Ponts Neufs, la collégiale Saint-Pierre-la-Cour ou encore la cathédrale. Il y a ainsi une résonance entre les pièces exposées et les vues sur l’extérieur (cathédrale/salle des sculptures religieuses médiévales, vestiges de l’enceinte gallo-romaine/maquette de la construction de l’enceinte).

 

-         Valorisation des collections et développement d’une politique de découverte destinée à un large public :

 

Les collections présentées comprenant environ 1200 pièces racontent l’histoire de la ville et de son territoire depuis les premières occupations humaines à l’époque préhistorique jusqu’à la Charte octroyée par Louis XI en 1481 à sa « bonne ville » du Mans.

Le musée est découpé en cinq périodes : Préhistoire, Protohistoire, Epoque gallo-romaine, Haut Moyen-âge et Maine médiéval.

Ce musée présente et regroupe de nombreux objets dispersés auparavant dans différents lieux du Mans. Par exemple, le Trésor de Coëffort installé au Carré Plantagenêt depuis 2009 était auparavant présenté à la cathédrale du Mans.

 

Le parcours au sein du musée, qui se veut à la fois scientifique et ludique, est agrémenté d’objets-phares : le trésor des monnaies cénomanes découvert sur les bords de l’Huisne en 1997, le suaire dit de « Saint-Bernard », l’émail Plantagenêt (XIIe siècle), le trésor d’argenterie de Coëffort (XVe siècle)… Outre les objets emblématiques, on trouve également des maquettes, des restitutions par aquarelles, des bornes interactives, des livres de l’archéologie et des scénographies animées pour offrir un maximum de compléments d’information aux visiteurs et intéresser un large public.

Des expositions temporaires apportent des connaissances précises sur un thème particulier (ex : Dja-Yobwe : Les poids de l’or Akan [11 juillet 2014 - 28 septembre 2014], A table ! Boire et manger, des gaulois aux Gallo-romains [25 octobre 2014 - 15 février 2015]). De nombreuses activités sont proposées auprès des adultes (ex : visite des « coulisses du musée »), des familles (ex : Atelier « De pot en pot ») des enfants (livre de jeux : « A la découverte du Carré avec Geoffroy ») et des scolaires pour leur faire découvrir à la fois cet écrin architectural et les collections de manière ludique et pédagogique. Le Carré Plantagenêt accueille également de nombreuses manifestations (ex : Nuit des étudiants au musée, Nuit des chercheurs, 25ème heure du livre, etc.).

 

Le musée est doté d’un auditorium pour recevoir des conférences ainsi que des séminaires d’entreprises, de salles d’activités, d’un centre de documentation et d’un salon de thé (Le Café Carré). Le lieu est ainsi ouvert à tous.

 

Ce musée est bien différent de celui qu’abritait l’abbaye de la Couture. Le musée est devenu comme l’indique Chantal Georgel « une institution prisée, qui donne toujours à voir de nouvelles expositions, qui tisse des liens avec le monde de l’université et des écoles, qui développe, au côté des salles permanentes, une politique culturelle » [1999]. Le Carré Plantagenêt constitue un atout majeur pour la ville du Mans pour obtenir le classement de la Cité Plantagenêt au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce musée d’archéologie et d’histoire se situe à la jonction entre la Cité Plantagenêt et la ville nouvelle.

 

Bibliographie :

 

CHASSERANT Françoise (dir.), Les musées du Mans ont 200 ans, catalogue d’exposition (Le Mans, Musée de Tessé, 26 novembre 1999 – 27 février 2000), Le Mans, éditions Cénomane Musées du Mans, 1999, 127 p.

 

DESCHAMPS Stéphane, VAGINAY Michel (dir.), Le Mans retrouvé : archéologie et mémoire de la ville, catalogue d’exposition (Le Mans, 1990), Le Mans, Circonscription des Antiquités Préhistoriques et Historiques des Pays de la Loire, 120 p.

 

LEVOYER Daniel, « Un musée archéologique de la Révolution à nos jours », in La Vie Mancelle et Sarthoise, n°402 (décembre 2008), p. 24-35.