La prison de Montluc (Estelle Lacaze)

Lieu de mémoire et d’histoire ouvert au public dans la région du Rhône, la prison de Montluc a été ouverte à Lyon en 1921. Tour à tour prison civile et militaire jusqu’en 2009, elle est aujourd’hui reconvertie en lieu patrimonial. Elle est désormais considérée comme un Haut Lieu de Mémoire nationale pour l’internement des Juifs par le régime de Vichy et les autorités allemandes pendant l’Occupation.

Plaque commémorative à la mémoire des internés de Montluc
©Xavier Caré / Wikimedia Commons

Une prison, plusieurs vies 

Avant la Seconde Guerre mondiale, la prison de Montluc était une prison civile. Déclarée insalubre dans les années 1930, elle est finalement fermée (manque de carreaux aux fenêtres, absence de chauffage…), puis réquisitionnée entre 1940 et 1943 par le régime de Vichy pour devenir une prison militaire. En février 1943, c’est au tour des autorités allemandes de la réquisitionner jusqu’au 24 août 1944, date à laquelle elles l’abandonnent. La prison sert alors de lieu d’attente avant le départ vers les camps d’internement et/ou d’extermination. Les prisonniers sont libérés par les Résistants le 3 septembre 1944, quelques jours à peine avant la libération de la ville de Lyon. La prison devient le lieu de détention des Collabo. À partir de 1947, elle devient une maison d’arrêt pour femmes. Elle est finalement désaffectée en 2009, année au cours de laquelle elle est protégée au titre des monuments historiques. Le site appartient à présent à l’État et se trouve sous la gestion du Ministère de la Défense.

 

 

Cour intérieure de la prison. Les graviers sont placés pour symboliser l’emplacement de la « baraque aux Juifs » dans laquelle ils étaient détenus. Elle a été détruite après le conflit.
© Wikimedia Commons

 

Le tournant de la Seconde Guerre mondiale

Suite à l’invasion de la zone sud en novembre 1942, les Allemands réquisitionnent la prison de Montluc. L’architecture du site est composée de plusieurs bâtiments en béton armé avec trois niveaux d’élévation. Le tout comporte deux-cents cellules de 4 m² et un réfectoire au rez-de-chaussée. À l’intérieur se trouve un « mur des fusillés » où certains condamnés étaient exécutés. Environ 7731 détenus ont transité par la prison de Montluc pendant la guerre. Leurs conditions de vie étaient plus que difficiles : à la torture quasi quotidienne s’ajoutait la surpopulation carcérale et l’insalubrité des lieux. Il pouvait y avoir jusqu’à huit détenus par cellule alors qu’elle a été conçue pour détenir 122 sous-officiers et 5 officiers en même temps.

Une patrimonialisation axée sur la « prison allemande »

Le mouvement de reconnaissance patrimoniale du site commence dans les années 1980. Deux faits importants surviennent, le procès du « Boucher de Lyon », c’est-à-dire du chef de la Gestapo dans le Rhône Klaus Barbie (1983), et le classement à l’Unesco de la ville de Lyon (1988). Dans les années 2000, les trois prisons lyonnaises sont déménagées. Ces différents événements ont influencé la patrimonialisation du site. Elle est opérée à partir du plan de relance de 2010 qui vise à reconvertir la prison en lieu mémoriel et historique. Cette patrimonialisation a aussi été possible par la mobilisation d’associations comme celle des Rescapés de Montluc. Les bénévoles ont tenu à entretenir le site, à le protéger et à en faire un lieu de mémoire par le biais de commémorations et de recherches en archives. Le Mémorial est inauguré en 2010 pour rendre hommage aux Résistants et aux déportés. Il ambitionne de mieux comprendre la politique de répression et de témoigner de la violence de la répression nazie pendant le conflit. La scénographie et la muséographie retranscrivent le climat de détention pour sensibiliser le public à cette période sombre de l’histoire de France. Pour cela, 37 cellules ont été restaurées, dans lesquelles de grandes figures ont été enfermées comme Jean de Lattre de Tassigny, Marc Bloch, Jean Moulin, Klaus Barbie… La mise en valeur de la prison se traduit par une importante offre de médiation. L’équipe propose un ensemble d’ateliers, de visites guidées, de rencontres avec des témoins et des expositions temporaires tout au long de l’année à différents publics (scolaires, familles…). La muséographie aborde la question du droit, de la justice et de la répression politique pendant le conflit, amenant le visiteur à se questionner sur ces

thématiques. Plusieurs panneaux présentent des portraits de prisonniers pour montrer la diversité des personnes ayant été internées dans cette prison pendant la guerre. Chaque année prend place une nouvelle exposition temporaire, accompagnée d’un cycle de conférences autour de la thématique choisie et de projections. Toutefois, le cœur de la patrimonialisation repose sur la seule période 1943-44 alors que l’histoire de la prison est beaucoup plus large. Certaines mémoires ne sont donc pas reconnues comme celle des étudiants chinois emprisonnés en 1921 ou des indépendantistes algériens pendant la guerre d’Algérie. Le projet à venir consiste à investir d’autres bâtiments de la prison et de les consacrer à ses autres périodes charnières. La prison n’a pas vocation à être un musée mais bien un lieu d’histoire et de mémoire. C’est la raison pour laquelle elle est également en lien avec d’autres lieux de mémoire proches comme le Centre d’histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon et le Mémorial Jean Moulin de Caluire.

 

Exemples de panneaux détaillant la vie de la prison ainsi que l’identité de certains de ses prisonniers.
© Domaine public / Jeanne Menjoulet

Sources :

http://www.memorial-montluc.fr/

http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/memorial-de-la-prison-de-montluc

http://www.chrd.lyon.fr/chrd/sections/fr/pages_fantomes/fiches_thematiques/?aIndex=0

http://criminocorpus.hypotheses.org/10173

http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/memorial-de-la-prison-de-montluc

TERROINE Emile, Dans les geôles de la Gestapo, souvenirs de la prison de Montluc, 1944

BATTEGAY A., CHABANI S., NAYLOR E., TETU M-H., Rapport final sur le projet « Lieux à mémoires multiples et enjeux d’interculturalité » : le cas de deux lieux en cours de patrimonialisation La prison Montluc (Lyon) et le centre de rétention d’Arenc (Marseille), Avril 2014

 

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