Le mont des Alouettes (Quentin Séité)

Le Mont des Alouettes, lieu de mémoire des Guerres de Vendée (?)

 

 Par Raphael Toussaint — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4202744

 

On ne peut pas le rater ! Il culmine à 232m d’altitude et domine la ville des Herbiers en contrebas. L’ex-route nationale entre Angers et Les Sables d’Olonne passe au sommet de la colline. Il est l’emblème de la Vendée, il est une part non négligeable de l’histoire et de l’identité vendéenne. Le Mont des Alouettes, c’est tout un symbole, avec ses moulins.

 

L’origine du nom proviendrait d’une légion romaine qui y a établi un camp, reconnaissable à l’alouette qui ornait le casque des légionnaires. De tous temps, cette colline soulevait des enjeux stratégiques, ayant connu bien des guerres. En 732, les Sarrasins y furent délogés après la bataille de Poitiers. Ça a été un poste frontière entre les possessions françaises et anglaises.

Mais ce n’est qu’au XVIe siècle que le Mont des Alouettes se dote de moulins à vent, la première mention écrite qui en fait mention remonte en effet à 1564. Il y en avait 8 autrefois, tous identiques, bien que construits à des époques différentes. Il n’en subsiste que 3 aujourd’hui, restaurés, inscrits à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1975, appartenant maintenant à la Ville des Herbiers. L’un de ces moulins fonctionne encore et est visitable chaque été avec un meunier, garant d’une tradition séculaire. La plupart des moulins du bocage vendéen, présents dès le XIVe siècle mais pour la plupart construits aux XVIIIe et XIXe siècles, sont de la conception traditionnelle du « moulin tour », la tour étant surmontée d’un cône à tête rotative.

 

Ce sont les Guerres de Vendée qui dès 1793 vont faire du Mont des Alouettes un lieu emblématique. À cette époque, les ailes des moulins à vent, visibles de loin, se positionnaient comme des sémaphores pour indiquer aux insurgés vendéens des informations précises, de colline en colline :

 

 

  • quand les ailes étaient en quartier, en forme de « X », tout allait bien

  • quand elles étaient en « bout de pied », en forme de croix grecque, les paysans devaient quitter leurs champs et se mobiliser en gardant toujours leur faux

  • quand elles étaient en « jambe-de-chien gauche », entre les deux, les Bleus étaient dans les parages et les femmes et les enfants devaient se cacher

  • quand elles étaient en « jambe-de-chien gauche », le danger était passé

Lorsque les armées républicaines menèrent la répression contre les Vendéens, ils s’employèrent à détruire ces moulins, dont ils savaient qu’ils servaient à indiquer leurs positions à leurs ennemis. Certains moulins incendiés seront reconstruits par la suite, sinon leurs ruines serviront à construire des maisons ou à empierrer des chemins. La concurrence des moulins à eau rendra ces moulins à vent peu rentables, ainsi ceux-ci verront leurs ailes démontées ou seront détruits.

  

Une chapelle commémorative de style néo-gothique est édifiée non loin des moulins pour rappeler le souvenir des Guerres de Vendée. En 1823, la duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI, venue en pèlerinage au Mont des Alouettes, avait émis ce souhait de l’ériger afin de « perpétuer le souvenir d’une époque à jamais mémorable ». En 1828, la duchesse de Berry s’y recueillit et y décora de nombreux soldats vendéens. Laissée inachevée depuis la Révolution de 1830, cette chapelle sera finalement inaugurée en 1968, grâce à l’action du Souvenir Vendéen.

Un projet d’ossuaire à l’intérieur de la chapelle a été envisagé pour donner une sépulture aux 154 cadavres de Vendéens retrouvés lors des travaux de la place des Jacobins au Mans en 2009. De nombreuses associations, ainsi que des élus locaux comme Véronique Besse, députée-maire des Herbiers, s’y sont déclarés favorables : pour cette dernière, « le mont des Alouettes, haut lieu des guerres de Vendée, est un lieu symbolique de recueillement et de mémoire ».

L’historien Alain Gérard a cependant émis des incertitudes, estimant que parmi les ossements retrouvés au Mans, il pourrait y avoir des soldats habitants du Mans dans le lot. Faut-il rappeler qu’aucun haut fait des guerres de Vendée n’a eu lieu au Mont des Alouettes, mais que la chapelle commémore le passage de la duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI, à cet endroit en 1823. Une croix en l’honneur de ce dernier a été érigée en 1993, 200 ans après sa mort, près de la chapelle. Cela rendrait ainsi caduc le projet de transfert des ossements du Mans dans la chapelle s’il y avait effectivement des restes de soldats républicains dans ce charnier.

Pour notre historien, il ne faudrait pas non plus que ces ossements soient muséographiés, ainsi il leur faudrait un lieu de recueillement, un espace mémoriel. L’église abbatiale de Saint-Florent-le-Vieil paraît ainsi, aux yeux d’Alain Gérard, être le choix le plus plausible : c’est le point de départ de la Virée de Galerne, par lequel sont passés les Vendéens tués lors de la bataille du Mans, sans oublier que plus de la moitié d’entre eux étaient originaires des Mauges. Enfin, le choix de ce lieu se fait dans une perspective de réconciliation, car c’est à Saint-Florent que le général vendéen Bonchamps, agonisant, a gracié 5000 soldats républicains, parmi lesquels le père du sculpteur David d’Angers, lequel lui a rendu hommage. Quant à la Ville du Mans, elle « ne souhaite pas récupérer ces restes humains ».

Aujourd’hui, non loin du Puy du Fou, on peut toujours admirer ces moulins du Mont des Alouettes, se recueillir dans la chapelle, mais aussi connaître le travail du meunier. Il est vrai que la dimension mémorielle liée aux guerres de Vendée et au passage de la duchesse d’Angoulême est ici prégnante, mais, débats historiques mis à part, il y a à côté de cela la mémoire de savoirs-faire traditionnels. L’intérêt que peuvent y porter les touristes de passage contribuent ainsi à renforcer le caractère pittoresque de ces célèbres moulins dominant Les Herbiers, ville dynamique de 16 000 habitants, industrielle et entreprenante, tournée vers l’avenir sans oublier son passé. Elle a fait sienne la citation de l’homme politique et écrivain vendéen Jean Yole, gravée sur l’un des moulins :

« C'est le rôle de chaque génération de recueillir ce que la tradition détient de sages leçons, d'énergies accordées, pour en ensemencer les réalités futures. La tradition, c'est le pied-mère. Le progrès, c'est le greffon. »

 

Quentin Séité

 

 

Bibliographie :

 

BÉLY Gilles, Vendée – Tourisme & Culture, La Roche-sur-Yon, Siloë, 2001

 

Ville des Herbiers - Le Mont des Alouettes

http://www.lesherbiers.fr/decouvrir/histoire-patrimoine/patrimoine/55-le-mont-des-alouettes.html

 

Articles du site Vendéens & Chouans liés au Mont des Alouettes

http://www.vendeensetchouans.com/tag/Mont%20des%20Alouettes

 

Vendée-Chouannerie – Le Mont des Alouettes

http://www.vendee-chouannerie.com/Le-Mont-des-Alouettes_a114.html

 

Géocaching sur les moulins à vent dans le bocage angevin de la Vendée historique

https://www.geocaching.com/geocache/GC6848V_moulin-a-vent?guid=5878cada-f933-4f66-

83f1-fc69d8ad8823

 

 

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