Le monument aux morts de Nice à Rauba Capeu (Nicolas Mangiapan)

 

Le monument dît de « Rauba Capeù » est haut de 32 mètres, construit dans la roche de la colline du château, il est composé d’un grand parvis et d’un cénotaphe. L’ensemble est entouré d’un bois sacré. Des marches relient le parvis au cénotaphe. Au nombre de cinq, chacune d’entre elles sont gravées avec une des années de la guerre. Le haut du monument est un cénotaphe impressionnant par ses dimensions mais aussi par la pierre choisie blanche et massive. Le long du parvis des stèles sont élevés en l’honneur des différents corps d’armées ayant participer à la guerre, comme la cavalerie ou encore le Génie. Pour terminer deux hauts reliefs représente la guerre d’un côté et la paix de l’autre : « Ainsi, les désastres et la violence générés par la première trouvent en écho, l’apaisement et les bienfaits suscités par la deuxième »1
1 Notice no EA06141159 [archive], base Mérimée, ministère français de la Culture

 


Alors pourquoi ce monument aux morts est-il un lieu de mémoire particulier ? L’Europe entière a été marquée par le conflit de 14-18. La Grande Guerre comme on l’appelle a fait plusieurs dizaines de millions de morts et de blessés. Au lendemain du conflit, le constat est terrible, toutes les communes de France sont atteintes, chaque famille déplore une ou des victimes. Cette sortie de guerre se traduit par un puissant mouvement de mémoire vis-à-vis des sacrifiés et de l’horreur de ces quatre longues années. C’est dans un sentiment d’union nationale, et donc dans un élan politique, que des monuments aux morts vont être édifiés pour rendre hommage aux victimes, pour se souvenir et ne pas reproduire les erreurs du passé. C’est la loi du 25 octobre 1919 qui met en place dans les communes françaises, un livre d’or en l’honneur des morts tombés au combat. Un recensement complet des victimes dans chaque ville, village et hameau est mené. Ainsi dans la décennie des années 1920, de nombreux monuments aux morts sont inaugurés.
Si ce phénomène existe déjà pendant la guerre, et même avant la guerre, la nouveauté ici relève de la volonté d’inscrire les noms des soldats sur les monuments. Cet acte participe à créer deux niveaux de mémoire. En effet le premier degré de lecture fait appel à la mémoire collective des citoyens, que ce soit au niveau de la commune ou de l’état national. Le second degré pour sa part fait appel à l’individu seul, ce n’est plus le corps citoyen qui se souvient, mais un proche, un parent qui se remémore son père, son frère, ou son fils mort au combat. Mais Contrairement à d’autres villes où le monument est érigé dans un cimetière ou sur une place, celui de Nice est face à la mer et face au port de la ville. Le choix du site n’est pas anodin. La colline de l’ancien château est le lieu des premières installations urbaines. Ce monument permet également de réhabiliter le XVe corps, dont les critiques jetèrent l’opprobre sur de nombreux soldats niçois durant la guerre ce qui rajoute une troisième lecture à ce lieu de mémoire. Ce monument participe également à renforcer le lien des niçois devenu français depuis 60 ans à l’état national.

 


C’est dans ce cadre de sortie de guerre que le monument aux morts de Nice est inauguré le 29 janvier 1928 par le Maréchal Foch après un concours d’architecte et quatre ans de travaux. Lors de l’inauguration le Maréchal exprimera une pensée : « … Pour nous, quels souvenirs ce monument ne représente-t-il pas ? C’est l’histoire des divisions du 15e Corps qu’il évoque à nos yeux, depuis les jours pénibles du mois d’août jusqu’au matin ensoleillé de la victoire […] Derrière eux, ne saurons-nous pas, à l’exemple de nos morts, reformer et resserrer nos rangs dans l’ordre et l’union ? »
La valorisation du lieu se fait de manière naturelle, en effet l’imposante masse que représente le monument fait qu’il est visible d’un avion, mais aussi d’un bateau. Lorsque les touristes descendent des navires au Port, ils se retrouvent face à ce monument et très régulièrement ils s’arrêtent pour y prendre des photos puisque le lieu marque le début de la Promenade des Anglais et le début de la visite de la colline du château. Mais la valorisation du site, se fait également à travers les différentes cérémonies d’hommages officielles qui y sont réalisées chaque année avec tout le décorum national. En effet le site a été par la suite le lieu de commémoration des soldats morts lors de la Seconde Guerre Mondiale mais aussi ceux de la guerre d’Indochine et d’Algérie. La valorisation du site est menée également par l’obtention du label Patrimoine XXe siècle en 2000 et le classement du monument en 2011 après avoir été inscrit en 2010. Le monument a été sujet à des visites guidées réalisées par le Centre du Patrimoine de la ville de Nice avec la création de support d’aide à la visite. De nuit le monument est entièrement éclairé ce qui participe à le mettre en valeur physiquement de loin dans la nuit. Le monument aux morts de Nice est donc un lieu incontournable du circuit touristique mais les individus s’y arrêtent uniquement pour son attrait architectural, sa dimension mémorielle n’est malheureusement pas un axe de tourisme culturel.

 

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