Le musée de Conlie

Le musée de la 2è Guerre Mondiale Roger Bellon à Conlie, dans la Sarthe (par Marie Taron)

 

 

 

Crédit Ouest-France

« L’idée de faire un musée […] [c’est] car j’ai été choqué, traumatisé très jeune, à la libération en 1944. La libération, c’était le 11 août à Fyé […] à 16 ans et demi [….]. Si vous me demandez pourquoi j’ai fait un musée, ben c’est à partir de là, […] pour témoigner, pour transmettre le message à tous ceux qui viennent le visiter ; car personne n’est désireux de revoir des conflits mondials [dans le texte] quand on a été secoué comme ça comme tant d’autres. Alors je dis toujours aux p’tits jeunes […] quand on a vécu un conflit mondial comme on l’a connu, ça sert à rien d’en rajouter. On dit c’ qu’on sait, un point c’est tout. Et mon musée, c’est un musée qui date de cette époque là. »

Tels sont les mots prononcés par Roger Bellon, le « créateur » du musée, comme il se nomme, lors du soixante-dixième anniversaire de la Libération, au musée de Conlie et retranscrits pour mieux comprendre les origines de ce musée et sa spécificité.

Selon lui, ce musée fête également « ses 70 ans de vie » en 2014 pour se rappeler la Libération de la France. En effet, comme il le raconte, l’idée a mûri juste après une image choquante de « sa » Libération où des chars Sherman de la 2è DB du général Leclerc ont été anéantis par des canons de 88 millimètres allemands. Les soldats français ont été déchiquetés, brûlés et sa voisine Geneviève Hobey, qui devait les guider, a été décapitée par des éclats d’obus, par la violence de l’assaut. Cette scène traumatisante, après l’avoir paralysé durant plusieurs semaines l’a ensuite incité à aller au-delà et à communiquer sur l’horreur du conflit mondial.

Il évoque les soldats et la jeune civile morts devant lui dont certains étaient à peine plus âgés que lui. L’émotion est perceptible dans le témoignage de cet homme alors âgé de 87 ans. Cette émotion transparaît en toute logique dans le musée. Cette anecdote non moins représentative d’une époque marque le début d’un projet de vie d’un homme, d’un époux (soutenu par son épouse dans ce projet d’envergure particulièrement chronophage) qui ne cesse de raconter ce qu’il a vécu, vu durant son adolescence sous l’Occupation allemande. Malgré son âge, cet octogénaire guide encore parfois des jeunes dans le musée.

Le musée d’un homme, Roger Bellon

 

 

Crédit Ouest-France

Il a commencé à récolter des objets du quotidien, dès la Libération française et n’a cessé d’être à l’affut de tout élément pouvant raconter, expliciter leur quotidien : des affiches, des cartes, des costumes, des photographies, de simples objets des années 40, jusqu’au véhicules militaires britanniques, allemands, américains ou français. Il se rend même sur les plages du débarquement et les zones de combat pour récupérer les objets purement militaires. On se retrouve vite plongé dans cet univers de la seconde guerre mondiale grâce aux costumes et aux véhicules, entre autre. Beaucoup de matériel personnel d’après guerre ont été rajoutés grâce à son service militaire chez les parachutistes en 1947 et 1948. On retrouve donc des photographies du jeune engagé, son matériel tout comme son brevet de parachutiste. Il est le principal contributeur des 2000 pièces de ce musée dont 110 mannequins, et 50 panneaux de bois sculptés par ses soins. Il y représente des scènes militaires ainsi que 19 portraits des hommes qui ont marqués cette époque, d’Hitler à de Gaulle, qu’ils soient Allemands, Américains, Britanniques ou Français à part deux exceptions, Mussolini et Staline.

Un musée local

Cette collection n’a pas toujours été présentée à Conlie où elle se trouve aujourd’hui sur une surface de 450 m2. Le premier « musée » date de 1967, situé à Saint-Aubin-de-Locquenay, il suit ensuite son fondateur en 1971, à Lavardin. Comme de nombreux collectionneurs, les objets récoltés sont montrés à même le domicile du propriétaire, dans les 110 m2 de son sous-sol. Ce n’est qu’en 2001 que le musée actuel voit le jour à Conlie afin de présenter les 2000 pièces dans de vraies conditions muséales, quadruplant ainsi la surface d’exposition surtout pour les véhicules. A cela s’ajoute le souci de pérennité de l’œuvre de Roger Bellon et de son épouse. L’œuvre d’une vie peut facilement se disperser à la mort de son fondateur. C’est le souci de tous les petits musées créés non pas par une collectivité, un grand groupe ou une association solide mais à l’initiative d’un ou d’une passionné(e). La municipalité permet alors depuis 16 ans l’exposition d’une collection authentique d’une période souvent présentée en France et à l’étranger et laisse imaginer la sauvegarde et la conservation de ce témoignage durant de nombreuses années. Conlie ouvre tous les ans depuis 2007 les portes de son musée de la seconde Guerre mondiale d’avril à fin septembre.

Un musée daté

Nous ne sommes pas dans un grand musée de type le Mémorial de Caen (retraçant les conflits mondiaux du XXè siècle) ou un haut lieu de la guerre, un lieu de mémoire à préserver mais ce musée à petite échelle a sa raison d’être. Il est un lieu de mémoire puisqu’il regorge de pièces historiques, authentiques, récupérées par un témoin des horreurs de cette guerre. Il ne faut pas s’attendre à un regard d’historien, de médiateur du patrimoine à proprement parlé avec

une muséographie récente. Nous sommes face à la vision d’un jeune homme, adolescent à la Libération puis d’un homme devenu parachutiste. La collection et la muséographie sont l’œuvre d’un homme à la vision claire de l’enjeu d’un tel lieu de mémoire. Le lieu en lui-même n’est aucunement stratégique ou symbolique, il correspond juste à sa commune d’habitation. Il a vécu la guerre dans le département sarthois et y a vécu sa vie d’homme. En revanche, le fondateur du musée insiste sur l’authenticité des pièces du musée, avec son franc parler « C’est pas du pipo, c’est du vrai ». La mise en scène est rudimentaire mais explicite. Ceci est propre aux pièces récoltées par Roger Bellon et au choix de la muséographie déjà perçue dans son témoignage « quand on a vécu un conflit mondial comme on l’a connu, ça sert à rien d’en rajouter. On dit ce qu’on sait, un point c’est tout. » ou plutôt, on le montre.

 

 

Crédit Champagne conlinoise

Erigé comme un lieu de mémoire tel un hommage aux acteurs de la guerre, le musée rend un hommage particulier aux conductrices ambulancières, les Rochambelles, de l’unité Rochambeau du général Leclerc qui libéra la Sarthe. Elles l’ont particulièrement marquée par leur courage. La muséographie choisie a pour but de plonger le visiteur dans l’ambiance de l’époque avec les hommes et les femmes qui ont participé à la guerre. Le musée est surtout dédié à l’univers militaire que ce soit par les costumes, les accessoires, les véhicules des soldats de toutes les nations impliquées dans le conflit. La collection est présentée de manière chronolog

chronologique au centre du musée et thématique pour ce qui est des zones des combattants. La seconde guerre mondiale y est retracée par le prisme d’un homme, non pas d’un historien, d’un médiateur du patrimoine mais un monsieur tout le monde témoin de cette guerre dont l’envie de laisser une trace de cette époque aux générations futures avec des témoins matériels de la guerre et de cette époque semble être le fil conducteur d’une vie entière.

La muséographie se veut pédagogique par la seule exposition d’objets sauvés d’une époque révolue. Selon son fondateur, il n’est pas nécessaire d’incorporer une quelconque médiation pour expliciter les faits du passé, pour comprendre ce qui s’est passé. En ce sens, cette collection exposée est datée telle la vision d’un Malraux dans les années 1960. Pendant que l’un collecte et sauvegarde, met en valeur ces/ses « restes » de la seconde guerre mondiale, l’autre réalise l’inventaire général du patrimoine culturel et réalise un plan de sauvegarde et de mise en valeur national. Le musée de Roger Bellon est emprunt d’une époque où l’on pense que le fait de montrer des objets d’une guerre permet de comprendre les enjeux de celle-ci. Ici, on présente sous vitrine ou pas, on raconte l’histoire d’autant plus si l’on a la chance de suivre une visite du fondateur en personne. Ce type de musée est complémentaire des musées pédagogiques, mettant l’accent sur l’aspect didactique voire ludique.

 

CONCLUSION

Bien qu’il reçu d’illustres visiteurs, ce musée reste un petit musée. Nous ne sommes pas au mémorial de Caen en ce qui concerne l’ampleur et la pédagogie du lieu de mémoire. Malgré tout, il y a un aspect authentique qui en ressort, celui d’un homme qui patiemment, passionnément a récolté des éléments de son passé devenu collectif pour permettre à ses enfants, petits-enfants, mais pas seulement, de comprendre ce qu’il avait vécu. Quand vous avez connu une telle période avec la guerre, les restrictions, la peur, plusieurs choix s’offrent aux témoins de la guerre : se taire, enfouir dans le plus profond de son être ses images, ses réalités qui reviennent à la surface en voyant, touchant de tels objets du quotidien ou au contraire, récupérer soigneusement la moindre trace de ce passé et montrer à tous ce qui s’est passé pour ne pas oublier. Ce musée n’est pas le seul porté par un témoin de l’histoire. Nous retrouvons ici de nombreux aspect du musée de la résistance, de l’internement et de la Déportation : un espace relativement restreint où y sont collectés de nombreuses pièces de la même époque tel un lieu de conservation à l’initiative de la résistante Micheline Vaillant et géré actuellement par une collectivité. Ce musée unique dans le département sarthois reçoit des dons d’autres témoins de la seconde guerre mondiale qui se retrouvent dans ce musée dédié aux objets authentiques d’une époque. C’est le cas d’un blindé américain et d’une cornemuse écossaise.

 

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