Le pont des vendéens - Le Mans (Pierre Bonnière)

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Saint Elme-Champs, Vieux pont à Pontlieue, lithographie, 1829-30, Médiathèque Louis Aragon, Le Mans

 

Le pont dit « des Vendéens » est un ouvrage en pierre du XVIe siècle situé dans l'ancienne commune de Pontlieue (rattachée au Mans en 1855). Il permettait la traversée de la rivière Huisne, qui prend sa source dans les collines du Perche. Son nom de « pont de Vendéens » fait référence à un événement important de l'histoire mancelle : la bataille du Mans, qui opposa les 9 et 10 décembre 1793 les armées royalistes vendéennes aux troupes républicaines.

À plus d'un égard, le pont de Pontlieue constitue un lieu de mémoire, autrement dit un site évoquant des souvenirs de l'histoire locale et cher à une communauté, malgré la grande méconnaissance de son histoire. Les vestiges du pont sont aujourd'hui insérés dans une promenade paysagère qui circule le long de l'Huisne au Mans.

Il convient donc de nous pencher à nouveau sur l'histoire de ce monument et de démontrer qu'il s'agit bien là d'un lieu de mémoire tel que le définit Pierre Nora :

 

« Les lieux de mémoire, ce sont d'abord des restes. La forme extrême où subsiste une conscience commémorative dans une histoire qui l'appelle, parce qu'elle l'ignore. »1

 

 

Histoire du « pont des Vendéens »

 

Le nom « Pontileuga » apparaît pour la première fois dans un texte du IXe siècle2 évoquant la fondation du prieuré de Saint Martin de Pontlieue par Bertrand (évêque du Mans de 587 à 624), en 616. Nous savons cependant que le passage de l'Huisne est antérieur à la création du prieuré car les voies romaines partant du Mans vers le Sud passaient sans doute par Pontlieue3.

Dès le Haut Moyen Age, le pont de Pontlieue est emprunt de légendes et de superstitions qui lui confère un caractère assez mystérieux. Pontlieue est le premier pont à être mentionné dans le département de la Sarthe et une exception à l'échelle nationale car rares sont les ponts attestés à cette époque. Bien que de nombreux ponts sont établis à partir de l'An Mil, celui de Pontlieue reste un passage important et l'itinéraire des chemins allant vers le Sud (Angers, Tours,...)4.

Nous savons que le pont est entièrement reconstruit en pierre au XVIe siècle, mais on ignore si il était auparavant en bois ou si les piles seules étaient maçonnées. Comme beaucoup d'autres ponts, il eut à souffrir de la guerre de Cent Ans. Après les campagnes anglaises des années 1350-1360, il est réparé par Macé Darne, le maître des œuvres du comte Louis II5.

En 1554, une crue emporte à nouveau le pont au fond de l'Huisne, ce qui incite les autorités municipales du Mans à engager des maçons et un « maistre pavaigeur » pour rebâtir le pont en pierre6. Le chantier est rapide et s'achève en 1560.

Un autre événement s'étant déroulé à Pontlieue au XVIIe siècle, moins important pour l'histoire de la ville, nous autorise toutefois à traiter ici d'une tradition populaire mancelle ayant mal tourné pour une personnalité littéraire du Grand Siècle. C'est en effet à la promenade aux sapins (tradition populaire héritée du Moyen Age) de 1638 que Paul Scarron, auteur du Roman Comique (1651-1657), est atteint de cette maladie qui l'a rongé jusqu'à la fin de sa vie en 1660.

Entre la fin du XVIIe siècle et le milieu du XVIIIe siècle, le pont de Pontlieue est réparé plusieurs fois7. Le pont est en fait régulièrement abîmé à cause des chocs provoqués par le flottage du bois venant de la forêt de Bonnétable, en amont de l'Huisne8.

Alors que le XVIIIe siècle voit la mise en place des grandes routes royales, l'ancien pont de Pontlieue est jugé trop étroit et en trop mauvais état pour supporter la nouvelle route de Paris à Nantes. Le service des Ponts et Chaussées se voit donc confier la mission de construire un nouveau pont plus moderne en 17609. Le nouveau pont, achevé en 1772, remplace dès lors le « vieux pont » de Pontlieue. Le bourg bas de Pontlieue est aménagé en carrefour et devient la plaque tournante de la circulation au Sud du Mans.

 

En 1793, suite à l'échec de la Virée de Galerne, au cours de laquelle l'armée vendéenne ne trouve pas les renforts anglais espérés à Granville, les royalistes pourchassés par les républicains cherchent à se replier au Sud de la Loire et marchent sur Le Mans. Les défenseurs républicains ont bien peu à opposer aux quelques 20 000 hommes que compte l'armée vendéenne et décident d'établir leurs défenses le long de l'Huisne, obstacle naturel sur la route du Mans. Afin de limiter le nombre de passages à défendre, les républicains choisissent d'abattre deux arches du « vieux pont » afin de le rendre impraticable. Cet effort fut pourtant inefficace puisque le 10 décembre les Vendéens s'emparent facilement du nouveau pont et s'installent au Mans avant d'en être délogés trois jours plus tard. Peu après ces événements, le pont prend le nom de « pont des vendéens », improprement donc.

Le pont semble avoir été réparé après 1793 car il apparaît entier sur le cadastre de 181010. Une lithographie de Saint-Elme Champ, datée de 1829-30, nous montre le pont partiellement détruit, de même que les cartes postales datant d'avant 1919 conservées aux archives départementales de la Sarthe. Au début du XXe siècle, il reste six arches au pont sur les neuf d'origine. En septembre 1967, au cours des travaux de creusement de la rivière, deux arches sont accidentellement détruites11.

 

 

Saint Elme-Champs, Vieux pont à Pontlieue, lithographie, 1829-30, Médiathèque Louis Aragon, Le Mans

 

 

Valorisation actuelle du site et commémorations

 

Aujourd'hui, les restes du pont ont été transformés en parc traversé par une passerelle piétonne construite en 1986 qui permet de traverser l'Huisne. Sur la rive droite de l'ouvrage, on trouve des immeubles construits dans les années 197012, dans le cadre du projet d'urbanisme « Pontlieue 2000 ». Malgré son histoire et les événements importants qui s'y sont déroulés, qu'ils soient réels ou relèvent de la légende, le pont des Vendéens ne bénéficie d'aucune politique de protection particulière et n’apparaît pas sur l'inventaire complémentaire des Monuments Historiques.

Le pont des Vendéens n'a pas véritablement fait l'objet de commémorations régulières mais le souvenir de la bataille qui s'est déroulée sur ce site en décembre 1793 est toujours entretenu par les associations de commémoration de la guerre de Vendée. En effet, depuis la découverte du charnier lors des travaux de terrassement du centre culturel des Jacobins en 2009, la Sarthe et plus particulièrement Le Mans sont des lieux d'excursion privilégiés par ces associations. Le samedi 26 septembre 2009, l'association du Souvenir Vendéen, a organisé une sortie pour ses adhérents au Mans13. Cette journée, rythmée par des conférences, des visites et des messes, a débuté près de l'église Saint-Martin de Pontlieue, non loin du pont et du site de la bataille du 12 décembre 1793. Une autre sortie a été organisé par la même association en mai 2012. Les membres du Souvenir Vendéen ont suivi la route prise par l'armée royaliste lors de la Virée de Galerne en Sarthe et sont donc passés par Pontlieue14.

La découverte du « pont des Vendéens » n'intéresse pas uniquement les associations de commémoration des guerres de Vendée. En effet, le guide-conférencier Henri Boillot a proposé une visite suivant également le parcours des troupes vendéennes depuis Pontlieue jusqu'à la place de la République le 14 décembre 200815. Quelques internautes évoquent le pont sur leur site Web ou leur blog mais les informations fournies sur l'histoire du monument sont généralement erronées.

 

Sources et bibliographie

 

  • Archives départementales de la Sarthe : C add. 170 ; 3 P 246 002

  • BUSSON et LEDRU, Actus Pontificum Cennomanis in urbe degentium, Le Mans, Société des Archives historiques du Maine, 1901

  • DENIS L-J, « Comptes de Macé Darne, maître des œuvres de Louis II, duc d'Anjou et comte du Maine, concernant les réparations faites à divers édifices au Mans », dans La Province du Maine, 2ème série, tome XII, Le Mans, Société historique de la province du Maine, 1932

  • DUNOYER DE SECONZAC Jacques, Comptes de l'hôtel de ville du Mans, 1893-1895, f°6

 

  • BLANCHARD Ghislaine et Gérard, DELAPERRELLE Jean-Pierre et LEVOYER Daniel, Le Mans, le nom des rues raconte l'histoire, ITF Éditeurs, 2010

  • BOUTON André, Les voies antiques, les chemins médiévaux et les grandes routes royales du Haut-Maine, Le Mans, André Bouton, 1947

  • MEMIN Marcel, En ses aspects humains, Pontlieue et Arnage, Le Mans, Monnoyer, 1968

1NORA Pierre (dir.), Les lieux de mémoire, t. 1, Paris, Quarto-Gallimard, 1997

2Actus Pontificum Cennomanis in urbe degentium, p. 108

3BOUTON André, Les voies antiques, les chemins médiévaux et les grandes routes royales du Haut-Maine, Le Mans, André Bouton, 1947, p. 133-134

4BOUTON André, Les voies antiques...

5DENIS L-J, « Comptes de Macé Darne, maître des œuvres de Louis II, duc d'Anjou et comte du Maine, concernant les réparations faites à divers édifices au Mans », dans La Province du Maine, 2ème série, tome XII, Le Mans, Société historique de la province du Maine, 1932, p. 26-32

6DUNOYER DE SECONZAC Jacques, Comptes de l'hôtel de ville du Mans, 1893-1895, f°6

7DUNOYER DE SECONZAC Jacques, op. cit.

8MEMIN Marcel, En ses aspects humains, Pontlieue et Arnage, Le Mans, Monnoyer, 1968, p. 218

9Archives départementales de la Sarthe, C add. 170

10Archives départementales de la Sarthe, 3 P 246 002

11BLANCHARD Ghislaine et Gérard, DELAPERRELLE Jean-Pierre et LEVOYER Daniel, Le Mans, le nom des rues raconte l'histoire, ITF Éditeurs, 2010, p. 183

12« Hier et aujourd'hui, le pont des Vendéens à Pontlieue au Mans », ouest-france.fr, modifié le 30/09/2013, en ligne

13« Journée du Souvenir Vendéen au Mans le samedi 26 septembre 2009 », svlflm.blogspot.fr, 20/07/2009, en ligne

14« Le Souvenir Vendéen sur les routes de la Virée de Galerne », vendeensetchouans.com, 21/03/2012, en ligne

15« Visite sur les traces des Batailles du Mans », lemans.maville.com, 13/12/2008, en ligne

 

 

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